NOUVELLES DU CAMEROUN : Défaite du Rdpc dans le Littoral: et si Françoise Foning était en vie!!

Laurent Esso est, sans conteste, le plus grand perdant dans les rangs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle 2018 par le conseil constitutionnel.
cameroon daily journal –


Laurent Esso, Ministre de la justice, tête de prou du Rdpc dans le Littoral. Cameroun
Si Paul Biya a fait subir la bourrasque victorieuse du parti du flambeau ardent au neuf autres régions camerounaises, en réalisant, singulièrement, la razzia surtout dans son fief traditionnel (Sud, 92,91%), seul le Littoral lui a échappé. Dans cette région, Maurice Kamto, candidat malheureux à la présidentielle, ravit la vedette au candidat-président sortant réélu avec 71,28% selon le résultat global. Le principal challenger de l’opposition camerounaise occupe le haut du pavé avec un score de 38,60%.

L’avant-centre tireur de penalty de l’équipe nationale du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) est talonné par le goal keeper de l’équipe nationale du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), qui s’adjuge une proportion de 35,75%. Le candidat du parti Univers, Cabral Libii Li Ngué Ngué, complète le trio de tête tant il est classé 3ème avec 12,79%.


Comme ses collaborateurs du parti au pouvoir, le ministre d’Etat, ministre de la Justice, Garde des sceaux, Laurent Esso, était le chef de délégation régionale permanente du comité central du Rdpc pour le Littoral dans son fief traditionnel qu’est le Littoral. L’éminent membre du bureau politique du Rdpc avait, pourtant, mobilisé les troupes dès le 22 juillet 2018, en rassemblant les militants et sympathisants de son unité politique. L’enjeu de ce meeting politique, qui avait eu lieu dans l’enceinte de la maison du parti de Bonanjo, avait consisté à rassurer P. Biya de tout le soutien à la présidentielle du 7 octobre 2018. Les états majors du Littoral avaient été, d’ailleurs, mis à contribution pour diffuser, durant les phases de pré-campagne et de campagne électorale,le message de la mobilisation et du choix du candidat de “la force de l’expérience”.

De Laurent Esso à Geneviève Tjoues, en passant par Thomas Tobbo Eyoum, René Mbayen, Le jeune Mbella Mbella, Narcisse Mouellé Kombi, Pascal Charlemagne Messanga Nyamding, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, Louis Yinda Yinda, Rosette Ayayi, Denise Fampou, etc, toute l’élite bureaucrativo-politique avait été déployée pour faire main basse, comme lors des scrutins présidentiels antérieurs, sur les forces politiques de l’opposition camerounaise.



Dans l’optique du financement de la campagne électorale du prince du Renouveau, le montant de 125.560.000 Fcfa avait été cotisé par ces pontes du Littoral, dont 93.220.000 Fcfa en espèces, 6.450.000 Fcfa en chèque et 2.690.000 Fcfa en termes de promesses. Le jour de la cérémonie d’organisation dudit meeting, des leaders et représentants des formations politiques alliées étaient entrés en scène. Question d’appeler, sans condition, à élire P. Biya, le chantre du régime en place.

Le Front du Salut national du Cameroun (Fsnc) de Issa Tchiroma Bakary, l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) de Bello Bouba Maigari, l’Union des populations du Cameroun (Upc) administrative, dont la figure cooptée comme secrétaire général du parti par le ministre de l’Administration territoriale (Minat) est Robert Bapoo Lipot, le Parti des démocrates pour le développement du Cameroun (Paddec) de Jean de Dieu Momo et le Mouvement des écologistes du Cameroun de Pierre Fritz Ngo étaient venus soutenir la candidature de P. Biya et réitérer leur détermination à le porter encore au frontispice du pouvoir.

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L’on se souvient, ce jour-là, que I.T. Bakary, le président national du Fsnc, avait pris la parole et avait argué:”Chers compatriotes, soyons les gardiens de cette nation, qui recèle d’immenses richesses. Je demande à la jeunesse en particulier de ne pas se laisser instrumentaliser”. Ce propos de Tchiroma a incité, de surcroît, L. Esso à soutenir la thèse suivant laquelle “Tous les Camerounais ont de la ferveur patriotique. Notre devoir est de nous mettre en ordre de bataille afin de garantir à P. Biya une victoire éclatante le 7 octobre 2018”.

Malheureusement, ce discours politique n’a pas été matérialisé dans les faits après la proclamation des résultats par le conseil constitutionnel. Cette “victoire éclatante” voulue ou exigée par le chef de la délégation permanente régionale du comité central du Rdpc pour le Littoral a été un vain mot. L. Esso et ses lieutenants politiques ont, pour la première fois, perdu depuis le déroulement de quatre scrutins présidentiels.
****************Analyse sociologique de la causalité de la déchéance et du désenchantement du Rdpc dans le Littoral.



La causalité de la décrépitude de la performance du parti au pouvoir, dans la région du Littoral, réside dans une conjonction de déterminants ethno-régional et politique. En jetant un regard holistique sur l’armature des chiffres électoraux rendus publics par le conseil constitutionnel le 22 octobre 2018, M. Kamto et les sept autres prétendants malheureux au fauteuil présidentiel obtiennent, tous ensemble, un score de 64,25%, soit 38,60% pour le président national du Mrc et 25,65% pour les sept autres aspirants malheureux. La région du Littoral est constituée, au plan démographique et cosmopolite, d’une forte communauté de l’Ouest-Cameroun évaluée à près de 60% et de la communauté des Bassa, des Bassa ba Duala, des Bassa-Mpoo-Bati, dont le taux est de 30%.

Dans l’histoire du Cameroun, les figures de proue de la contestation nationaliste, depuis les périodes pré-indépendante, indépendante et post-indépendante, sont, restent et demeurent les Bassa et les Bamileké. Félix Roland Moumié, dont la commémoration de la mort, est célébrée le 3 novembre 2018 à Yaoundé, Ernest Ouandié, Ruben Um Nyobe, Abel Kingue, sont, entre autres, des combattants nationalistes ayant été assassinés antérieurement.


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Cet habitus de la contestation et cet ethos de la protestation ont été inculqués dans la conscience des ressortissants de l’Ouest et des Bassa du Centre et du Littoral si bien qu’ils restent des contestataires avérés et patentés exigeant la mutation structurelle et conjoncturelle du Cameroun. Ces deux communautés culturelles, fort représentées dans le Littoral, ont voté, en majorité, pour M. Kamto et, accessoirement, pour C. Libii. Même l’électoral de l’Ouest et des Bassa du Littoral et du Centre qui, dans les années antérieures, portait son choix sur Ni John Fru Ndi, qui avait élu Jean Michel Nintcheu et Joshua Oshi, Job Théophile Kwabnang au double scrutin municipal et législatif dans le Wouri, a basculé dans le plébiscite du tireur de penalty à quelques exceptions près.

L’élite de la contestation, dans l’opposition au Cameroun, composée des figures de ces deux girons culturels, a choisi M. Kamto, en privilégiant le vote identitaire et communautaire. A cause de la permanence du vote tribal, consécutive à la référence au paradigme du pouvoir de l’ethnie, le Rdpc a fait un faux pas.
*********Et si Françoise Foning était en vie?


Au-delà de ce déterminant sociologique, qui est, par essence, ethno-régional et socio-ethnique vu l’ossature socio-géographique du Littoral, il y a la mort de Françoise Foning, qui est l’un des facteurs pouvant aussi expliquer le phénomène de la déconfiture du Rdpc. En réalité, depuis la tenue de quatre scrutins présidentiels de 1992, 1997, 2004 et de 2011, P. Biya a toujours vaincu dans le Littoral. Cette victoire est imputable, de manière générale, à des forces mobilisatrices qui, depuis l’avènement de la démocratisation de la vie politique, ont travaillé, tous azimuts, à la mobilisation et à l’ancrage du parti au pouvoir sur le terrain politique.



Françoise Foning, anciennne éminente membre de l’Organisation des femmes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), était, sans conteste, la figure emblématique de la mobilisation, du rassemblement et du déploiement populaires non seulement dans le Littoral, mais aussi et surtout dans d’autres régions camerounaises. L’édile politique, dont la notoriété est, jusqu’à présent, indéniable, ne jouissait, certes, pas d’un capital culturel au sens bourdieusien en matière de théorie politique-puisque n’ayant pas été à l’école de la sapientia académique-,.

Mais F. Foning, en matière de praxis politique, avait des cognitions, des astuces, des techniques, des instruments et des ingrédients de la rentabilisation, de la capitalisation et de la mobilisation des catégories socioprofessionnelles(taximen, moto taximen, opérateurs de l’économie populaire urbaine, etc) et des activistes politiques. Foning avait une force de frappe, une potentialité de ralliement et de fédération des militants et des sympathisants susceptibles de voter pour P. Biya.


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Durant les quatre derniers scrutins présidentiels, “Ma’Fo”, comme les proches l’appelaient affectueusement, avait réussi son action politique de conquête des suffrages de l’électorat, durant des décennies, avec des camarades de parti qui, eux aussi avant de rendre leur tablier pour certains, faisaient foule et tenaient en haleine bien d’électeurs. Jean Jacques Ekindi, Albert Dzongang, tous deux démissionnaires du parti au pouvoir, et respectivement devenus présidents du Mouvement progressiste et de la Dynamique, sont des figures qui avaient mouillé le maillot de manière à resserrer les liens des militants. Grégoire Owona, avant de devenir secrétaire général adjoint du comité central du Rdpc, est la figure, mieux l’un des disciples ayant été moulé par F. Foning. Toute chose qui lui permet de continuer de théâtraliser ce rôle de leader politique. Foning était alors une politicienne avérée et patentée dans le champ politique camerounais.

Depuis sa mort le 23 janvier 2015, trois ans avant la tenue du scrutin présidentiel de 2018, beaucoup d’eau a coulé sous le pont au sein de l’escarcelle politique du parti au pouvoir, au point où des cas de frustrations, de minoration et disqualification de certains cadres et membres eurent été notés. Des facteurs de tiédeur, de somnolence et d’ankylose ont obéré l’élan mobilisateur et fédérateur des militants et sympathisants depuis la disparition de F. Foning. La substitution de cette politicienne convaincue à la tête de la mairie de la commune d’arrondissement de Douala Vème ne s’est pas faite sans heurts tant l’élection de Gustave Ebanda a été émaillée de turbulences autant à l’interne qu’à l’extérieur de l’exécutif communal.


Il existe, en outre, une guerre de tranchées matérialisée par des luttes de leadership et des querelles de positionnement entre certains barons dans le Littoral. T. Tobbo Eyoum, sénateur du Littoral, est, de temps en temps, à couteaux tirés avec L. Esso, son patron politique dans cette région. J. E. Massena Ngalle Bibehe, chef de délégation permanente départementale du Rdpc dans la Sanaga Maritime est, lui aussi, diamétralement opposé à Louis Yinda Yinda, autre tête de proue du parti au pouvoir dans ce département.

Il y a quatre mois, les deux élites politiques avaient eu une interaction conflictuelle puisqu’ils voulaient, tous les deux, se prévaloir de la posture de leader. Cette conflictualisation des rapports s’est tellement accrue entre ces deux personnalités politiques que l’un avait happé le microphone de l’autre en plein meeting à Edea. Il y a donc des guerres larvées et manifestes qui participent à faire perdre des points au parti au pouvoir au finish.


Aussi y a-t-il des cadres qui plus est des élus locaux (sénateurs, députés et maires), qui n’ont pas mouillé le maillot sur le terrain politique. Au plan contextuel, et au regard de la réalité en face, il est possible d’imputer la responsabilité de la déchéance et du désenchantement du Rdpc à des acteurs politiques, qui sont plus prompts à l’interventionnisme médiatique, à la mise en scène publique qu’à être présents sur le site de la mobilisation.

Serge Aimé Bikoi, journaliste, Rédacteur en chef Panorama papers, Sociologue du développement.
Hervé Emmanuel Nkom, Marlyse Rose Douala Bell, Albert Dooh Collins, Polycarpe Banlog, Rosette Ayayi, Celestin Ketchanga, Eyom Minono Epse Epoube Lydienne, Elise Ndongo Moutome en sont quelques exemples. Le président national du Rdpc décidera, à coup sûr, des mesures et des mécanismes d’actions à prendre pour mettre un terme à cette cacophonie crisogène entre des barons qui déteint sur les scores du parti dans le Littoral.



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